vous êtes ici : accueil > archives > contributions > traçabilité > limites
Suite à l'analyse du fonctionnement de la traçabilité et des solutions logistiques offertes aux web marchands, nous pouvons supposer que la mise en place doit connaître des freins importants.
Peu de sites ont choisi d'investir sur des outils de tracing / tracking à l'heure actuelle.
Pourquoi la traçabilité ne s'est-elle pas encore imposée comme une norme ? Quels sont les freins à son développement ?
A) Fonctionnalités récentes
Analysons la situation dans son contexte. Les web marchands sont des entreprises récentes avec seulement quelques mois de fonctionnement derrière eux. Le fait est qu'ils cherchent plus à accompagner leur forte expansion qu'à perfectionner leur process de fonctionnement.
Dans une phase de forte croissance, les décisions sont prises dans l'urgence, les esprits tournés vers le court terme. Les moyens humains et financiers veillent surtout à "éteindre le feu" et non à construire une réelle stratégie logistique avec des fonctionnalités de tracing et tracking par exemple.
En quelques mots, la traçabilité n'est pas pour la majorité d'entre eux une priorité dans la survie de leur activité.
L'offre est de surcroît très jeune. Les solutions développées par les infogisticiens terminent juste leur phase de test.
Tous les prestataires de services logistiques n'ont pas encore intégré le tracing et encore moins le tracking dans leur solution. Pour les prestataires qui ont choisi d'offrir cette possibilité, ils connaissent comme pour la livraison quelques difficultés.
Le choix pour le web marchand est alors de jouer le rôle de pionnier en profitant en premier des avantages mais en subissant également la fiabilisation obligatoire de la solution et en assumant des coûts de fonctionnement importants.
L'arrivée à maturité de ces outils généralisera leur utilisation dans les années à venir.
B) Lourdeur de mise en place
A l'heure du reengenering et du développement de beaucoup de projets touchant les systèmes d'information (ERP, SCM...), les entreprises sont conscientes que les bénéfices ne se font ressentir qu'à moyen terme. La mise en place est souvent longue et délicate à gérer. Les solutions proposées nécessitent souvent des adaptations en fonction des caractéristiques propres de chaque entreprise. Les utilisateurs doivent incorporer le fonctionnement du logiciel avant de pouvoir augmenter leur productivité et leur valeur ajoutée.
La traçabilité est partie intégrante du système d'information et impose donc de raisonner en terme de projet à moyen terme.
La solution des infogisticiens paraît la plus rapide à mettre en œuvre mais nécessite d'externaliser entièrement sa gestion des flux logistiques. Or le site peut souhaiter garder le contrôle sur une activité qu'il juge stratégique et vouloir développer la solution en interne.
Le projet correspond dans ce sens à un réel investissement stratégique et implique toutes les difficultés préalablement citées dans la mise en place d'un nouveau système d'information.
La solution devant intégrer le choix : du support et de ses différents appareils de lecture, du mode de recueil et de circulation de l'information, du système d'information.
Même s'il s'agit de passer par un PSL, l'installation d'une interface de communication de type EDI est lourde à gérer alors s'il faut l'étendre à tous les transporteurs, le chantier devient vite colossal.
Chaque solution doit, pour être efficace, être personnalisée en fonction de sa propre organisation (pure players, surfaces de vente existantes, entrepôts existants, fonctionnement en flux tendus...). L'installation doit être paramétrée en fonction des besoins et des moyens informatiques déjà mis en place et la personnalisation demande donc plus de temps.
C) Coût élevé
La mise en place des outils de traçabilité représente un coût non négligeable.
Qu'il soit supporté en interne ou par le prestataire logistique qui le répercute dans ses tarifs, il faut tenir compte pour le web marchand de l'investissement financier que cela représente.
La capacité de suivre l'évolution du flux physique par un flux d'information nécessite de nombreuses installations qu'il faut intégrer dans sa stratégie de développement.
Si nous admettons que le nombre de cyber-consommateurs et le nombre de commandes pour les web marchands peut encore être assez faible, le nombre de clients qu'il est possible de fidéliser ou d'acquérir aujourd'hui par rapport à ces fonctionnalités peut ne pas justifier un tel investissement.
L'utilisation des intégrateurs (UPS, FEDEX, DHL ou autres...) qui semblent le plus en avant en terme de traçabilité suppose des coûts de transport de 5 à 10 fois supérieurs au coût de la messagerie classique proposée sans aucun suivi.
Du côté des prestataires classiques, l'offre étant encore récente et peu étendue, le retour sur investissement n'est pas à attendre dans l'immédiat (pour le commerce électronique), ce qui explique pourquoi les intégrateurs sont quasiment les seuls à proposer des package complets de tracing / tracking dans leurs prestations.
L'offre des infogisticiens varient entre 50 000 F et plusieurs millions de francs en fonction du nombre de commandes passées sur le site et des différents modules intégrés dans la solution.
D) Confidentialité des informations
Si nous excluons le développement en interne, qu'on le veuille ou non, la traçabilité consiste à rendre transparente l'information aux acteurs du processus logistique (client - transporteur - logisticien - web marchand). Il s'agit d'informations plus ou moins stratégiques qui sont réellement mises à disposition et dont le contenu peut être considéré comme confidentiel.
Le web marchand peut être freiné dans cette démarche de transparence par la non maîtrise de la totalité de ses processus.
Il peut également être freiné par la peur de ne pas conserver en interne des informations concernant le coeur de son activité.
La solution offerte par les infogisticiens, nouveaux cyber-transitaires, comme ils aiment à se définir, recouvre tout le circuit logistique du produit (la commande, le paiement, la livraison...). Les sites externalisant la totalité de leur chaîne de transaction, s'en remettent à des prestataires extérieurs et sont donc dans l'impossibilité de savoir où se trouve l'information et qui peut y avoir accès (numéro de carte de crédit par exemple).
Il est surprenant de réaliser le nombre de sites ne pouvant confirmer le circuit des numéros de cartes de crédit et le nom des personnes qui peuvent en avoir l'accès.
La confidentialité de l'information constitue un frein qui se retrouve dans toutes les formes d'externalisation.
L'enjeu est alors d'avoir confiance en son prestataire et dans la qualité de l'information qui sera transmise à ses clients. Le PSL étant souvent le représentant de la marque auprès du client.
E) L'internationalisation de l'économie
Un argument essentiel pour le développement du commerce électronique sur Internet était que des opportunités existaient de la multinationale à la PME. En effet, Internet facilitait la promotion des PME à l'export. Possibilité d'étendre son champ d'action au monde entier et non seulement à sa zone de chalandise.
L'idée très alléchante du départ se complexifie dès lors que nous évoquons les aspects logistiques.
Nous imaginons alors qu'en matière de traçabilité, le concept se transforme vite en casse tête. Que nous citions les normes, le mode de fonctionnement, les cultures ou les systèmes d'informations tout diffère en fonction du pays dans lequel vous souhaiter exporter.
Bon nombre de sites marchands ont du se résigner à exporter leur production. D'autres ont du se contraindre aux réalités logistiques et revoir les délais de transport affichés, s'ils ne souhaitaient pas voir leur marge fondre à vue.
Dans toutes les transactions internationales de biens matériels, il est de plus en plus rare d'assister à des livraisons en direct.
Afin de diminuer les coûts liés à la livraison les transitaires utilisent des plates-formes de groupage / dégroupage, des centres de distribution augmentant le nombre d'acteurs et le nombre de ruptures de charge. Il ne faut pas non plus oublier le passage en douanes.
En matière de traçabilité, la difficulté de suivre un produit s'accentue avec le nombre d'acteurs participant à l'opération. Les quantités d'informations à gérer limitent aujourd'hui l'implantation de systèmes de traçabilité dans le cadre d'une activité à l'international.
Il s'agit là d'un axe de recherche à privilégier dans les années à venir puisque les échanges s'internationalisent de plus en plus et que la traçabilité y trouve un intérêt supplémentaire. (plus la marchandise vient de loin, plus nous avons besoin de la suivre).
1. Introduction.
2. Naissance d'un nouveau canal de distribution.
3. Présentation des outils de traçabilité.
4. Solutions applicables aux webmarchands.
5. Limites et contraintes des outils de traçabilité.
6. Traçabilité en tant qu'avantage stratégique.
7. Quelle solution privilégier pour quelle activité ?
8. Conclusion.
Contribution publiée sur le site e-logisticien le 05/09/2001